VISUEL 2D

Dessins et illustrations

Le graphiste

 

Le graphiste est capable de voir, de ressentir, d'analyser, de comprendre des mécanismes en trois dimensions (la réalité) et la transformer en deux dimensions sur une feuille de papier. Toutes les règles iconographiques et sémiologiques sont ancrées en lui. Il maîtrise le trait, la couleur, le sens. Il n'est pas seulement capable de représenter la réalité, il est capable de l'imaginer. En fonction de son talent, il sera capable de rendre des situations graphiques crédibles. Fort de tous ses talents, le graphiste peut travailler dans toutes sortes de domaines où il y a besoin de pré figuration : architecture, décoration, art, bandes dessinées, dessins animés… et communication.

 

Le graphiste est capable de travailler vite. L'illustration n'a pas besoin d'être aboutie pour expliquer un concept. Ce type d'images s'appelle des « roughs» (entre brouillon et esquisse).

Esquisse de quatre personnages évoluant dans deux bateaux sur la mer

Dans le domaine de la publicité, les agences de communication font appel aux talents des graphistes pour toutes sortes de réalisation : logotype, illustration, packaging. L'infographie a modifié totalement le travail du graphiste. Certains préfèrent travailler, de façon traditionnelle, sur feuilles de papier pour ensuite numériser leur travail. La finalisation (trait et couleur) est effectuée sur un ordinateur à l'aide des logiciels comme Adobe PhotoShop ou Adobe Illustrator pour ne citer qu'eux.

 

Certains graphistes, sans doute plus aguerris, travaillent directement à la palette graphique à partir d'une page blanche. Le graphiste a une position transversale dans l'agence de communication, car il peut intervenir sur les produits en conception à présenter aux clients, mais également sur les produits finalisés.

 

Il s’agit d’un métier un peu particulier qui s’apprend en école d’art. Nous pourrons faire la différence entre les arts plastiques, les arts graphiques, les arts appliqués et les Beaux-arts. Chacune de ces formations a des traits communs. Certaines écoles relèvent de la faculté d’autres du ministère de la Culture et d’autres encore peuvent faire partie de l’enseignement privé.

 

Si ce métier vous intéresse, poursuivez votre lecture afin de connaître les tenants et aboutissants d’un métier particulier.

Réalisation accélérée d'un dessin de personnage de type bande dessinée en environ 3 mm

Le concours

 

Les élèves qui préparent le concours d'entrée à l'École des Beaux-Arts ont un profil un peu particulier. En général, ils dessinent depuis l'âge de 6 ans et un certain nombre prennent des cours particuliers. À l'époque, au siècle dernier, le concours d'entrée était composé de 2 épreuves : 1 épreuve de dessin et le passage devant un jury. Aujourd'hui, la procédure a évolué avec l'ajout d'une épreuve écrite et d’une épreuve en langue. Certains disent qu'il est même conseillé de faire une école préparatoire d'un an.

 

Cette nouvelle procédure ne modifie guère le résultat. L’évidence repose sur la représentation académique, l’élève doit posséder des aptitudes en dessin reconnu immédiatement par les enseignants (artistes professionnels), mais l'épreuve reine est le passage devant le jury. Ce jury doit exclure des centaines de candidats qui ne paraissent pas répondre aux critères de la formation artistique. Le jury retient 30 candidats dont il sait pertinemment que seuls 3 candidats auront leur diplôme après 5 années de labeur. Cette proportion de réussite est relativement conforme aux autres disciplines, en tout cas au siècle dernier.

L'École des Beaux-Arts

 

L'École des Beaux-Arts forme des étudiants dont le parcours est par la suite très différent. Ils ont tous en commun d'être des créatifs. Ils ont l'instinct de la dérision créative. Cette dérision n’est en aucun cas malsaine, juste des bribes de pensée, constituées d'une vision débordante où des situations, des formes, des espaces deviennent une nouvelle conjonction comme s’ils avaient subi un conditionnement. Ces étudiants devenus professionnels ont une compréhension de l'espace, car depuis leur tout jeune âge, ils ont vision aiguisée au sens des proportions. Ils sont nés avec une aptitude particulière. Une aptitude à comprendre le monde et la mécanique de la spatialité. Les graphistes peuvent, à l'instar de certains autistes retrouver le centre d’un volume. Ils sont capables d'entrevoir des emboîtements d'objets complexes. Le graphiste, l'illustrateur a probablement un état d'esprit très spécifique. Celui-ci l'empêche probablement de devenir ingénieur ou médecin. Son monde est différent et souvent ses centres d'intérêt sont autres. Ce sont des gens à part dans un monde rempli d'autres personnes à part.

 

Après quelques années, l'étudiant sera diplômé d’une école d’art, telle que l’École des Beaux-Arts où le sens des valeurs est exacerbé, sa vision sur l’esthétisme du monde qui l'entoure paraissant être un entrelacs complexe. Si les premières années sont consacrées à l’apprentissage des arts et des techniques, la 5e année est consacrée à une recherche personnelle permettant à l’étudiant de comprendre des schémas. La pensée devient concrète, précise, analytique, synthétique.

Professionnel

 

Lorsque l'on maîtrise l'espace bidimensionnel et l'espace tridimensionnel, un grand nombre de métiers deviennent envisageables. En fonction de leur sensibilité, de leur "êtreté", certains choisiront l'art, d'autre l’enseignement, d'autres encore les métiers de la communication et du design sous toutes ces formes. Comme dans tous les secteurs, l'informatique a modifié les conditions de travail, mais les bases restent les mêmes avec 2 grands vecteurs que sont la sémiologie et l'iconographie.

 

Dans le domaine de la communication, le graphiste devenu infographiste interviendra dans toutes sortes de domaines tels que la création d'affiches, de flyers, de brochure, de logos et d'image de marques, de PLV ou d'emballages, de création de sites web responsive design statique ou dynamique... l'empreinte de l'infographiste est partout : dans la presse, l’édition, la publicité, la création de support d'aide à la communication et le design... Sa mission : concevoir un visuel répondant à des normes techniques, alliant sens artistique et enjeux commerciaux. Grâce à sa connaissance du marketing, il saura séduire le public pour une communication pédagogique, informationnelle et commerciale sous une forme, par exemple, ludique ou en utilisant d'autres ressorts pour valoriser les savoir-faire de l'entreprise.

 

Autrement dit, ce spécialiste de la communication élabore l’univers graphique d’un produit, d’une entreprise, et lui donne une identité visuelle. Il transforme des idées en images et assure la transmission d’un message vers un public, à travers ses réalisations graphiques.

Des beaux-arts aux artistes

 

Le professionnel diplômé de l'école des Beaux-arts participe souvent, sans le vouloir, à des conversations qui remettent en cause l'art contemporain. L'École des Beaux-Arts n'est pas une école technique. Il faut retenir que l'étudiant passe un tiers de son temps dans les livres, un tiers à réfléchir à sa stratégie de production et d'expérimentation et un autre tiers à l'effectuation de son travail plastique.

 

Ces conversations, à la tournure moqueuse, reprennent systématiquement les mêmes exemples, les monochromes d'Yves Klein, l'urinoir de Marcel Duchamp, le portrait cubiste de Dora Maare de Picasso ou les parties du visage sont vues pour certaines de face et pour d'autres de coté. Un peu exaspéré, notre professionnel attend le moment ou l’un des protagonistes de la conversation s’en prend à Kasimir Malevitch avec son carré noir sur fond blanc et précise qu’il lui faudra 3 ans de réflexion pour proposer carré blanc sur fond blanc. Le protagoniste afin de porter un coup fatal à notre professionnel continuera la taquinerie en choisissant en guise de conclusion l’œuvre de Jean-Michel Basquiat.

Œuvre de Jean-Michel Basquiat

Le Jour ni l’Heure 4323 : Jean-Michel Basquiat, 1960-1988

Le professionnel bien élevé expliquera avec pertinence, s’il en a encore le courage, que son auditoire mélange l'art moderne, l'art abstrait, l'art conceptuel et enfin l'art contemporain ou d'ailleurs le mot contemporain n'est qu'une étiquette, un label et ne doit pas être pris dans son sens propre de contemporanéité. Un artiste non figuratif ou abstrait d'aujourd'hui n'est pas un artiste contemporain au sens figuré du terme. La conversation peut vite s'animer, en effet le professionnel citera des références livresques comme Nathalie Heinich avec son livre « Le paradigme de l’art contemporain.

 

Structures d’une révolution artistique »  ou encore Aude de Keros avec  « L'imposture de l'art contemporain: Une utopie financière ». Ce retranchement bibliographique est sans effet sur son auditoire.

 

Il est incapable d'expliquer en quelques minutes ce qu’il a mis des années à assimiler. De surcroît, des usurpateurs, des gourous youtubeurs aux milliers d’abonnés, des bonimenteurs de foire enfoncent le clou par des démonstrations présentant des supports toilés qui relèvent plus de la décoration que de l’art. Ces présentations sont soutenues par un discours mielleux et mensonger jouant sur la corde sensible de leurs abonnées. Certains youtubeurs prétendent qu'il n'est pas nécessaire de faire une école d'art au risque d'être formaté, mais propose à la vente des méthodes comme : « comment ai-je réussi à devenir peintre professionnel ?»  Le résultat est souvent garanti.

Dans la suite de ce raisonnement.

 

S’il est difficile d'expliquer l'art de Buren ou de Jasper John connu pour ses cibles et ses drapeaux américains dont l'application gestuelle est plus que relative, il possible d'apporter quelques réponses concernant le débat sur le coloris à la fin du XVIIe siècle. Cette tentative vise à expliquer à un large public les ressentis et préoccupations d'une personne diplômée de l'École des Beaux-Arts et, peut-être, à entrer dans un moment de partage.

 

La couleur

 

Parler de couleur est toujours un acte délicat et notamment faire une argumentation en quelques minutes relève de l’impossible, mais tentons l’affaire.

Le ciel est bleu, l’herbe est verte, la terre est brune et le sable paraît teinté d’un brun/orangé clair, voire un peu jaunâtre. Voilà, les choses sont simples, quoique pour ce dernier la subtilité s’invite, surtout lorsque l’eau, qui est transparente, fonce la couleur du sable lorsque celui-ci est mouillé.

 

Les couleurs que nous percevons sont créées par la lumière visible et par la structure des objets qui absorbent ou rejettent la lumière et donnent ainsi la couleur à la structure.

 

Amusez-vous à faire l’expérience suivante, prenez un citron, bien jaune, et allez vous placer dans une pièce sans lumière, bien noire, et posez-vous la question suivante : « quelle est la couleur du citron ».

Un citron
Carré noir

Le dessin et la couleur

 

Mais évoquons aujourd’hui, juste pour le plaisir, la problématique du dessin et de la couleur.

 

Au XVIIe siècle, il y eut un débat plein de rebondissements évoquant le problème du dessin et du coloris. L’histoire est passionnante, mais bien trop longue à raconter.

 

Si celle-ci vous intéresse, vous trouverez à foison toute une littérature sur le sujet.

 

Voyons les principaux traits de cette problématique. (Jeu de mots, dirait maître Capello).

 

Il y a deux écoles celle de Roger de Piles et celle d’André Félibien.

 

Pour les partisans du dessin, un coloris par trop important enlève un sens fondateur au dessin. L’utilisation de la couleur exacerbe le « beau » et « l’immédiat », annihilant toute réflexion sur le thème.

 

Philippe de Champaigne, nous dit : « reprends les idées d'Aristote pour qui la couleur ne serait qu'un accident de la nature, contrairement à la substance des choses qui est traduite par le dessin ».

 

Une opinion se propage selon laquelle le dessin est le prolongement immédiat de l’idée et s’adresse directement à l’intelligence. Ces images dessinées sont des représentations qui peuvent être colorées ou peintes, mais leur fondement premier est le dessin.

Autrement dit, avec cette nouvelle citation : « Pour les défenseurs du dessin, la couleur n'est qu'une pure matérialité et elle ne relève pas de l'esprit. L'essence de la peinture et son sens n'est pas dans la couleur, mais bien dans le dessin.

 

Le dessin, c’est la beauté intellectuelle alors que la peinture ne sert qu’au plaisir des yeux. La peinture c’est juste l’enveloppe visible de l’idée, alors que le but est d’instruire.

 

Il faut ajouter que l'académie de l’époque s'adressait en priorité aux artistes. Les œuvres des dessinateurs n'ont pas été créées pour toucher un public large, mais pour s'adresser aux initiés.

 

Les coloristes

 

Les coloristes prétendent que pour imiter la nature, le dessin ne suffit pas. Sans couleur, les objets ne peuvent être perçus. La couleur permet non seulement d’imiter la nature, mais aussi de l’exacerber, de la rendre encore plus belle.

 

Pour être sûr d’être bien clair sur l’objet de ce débat, déplaçons cette même idée avec la musique. On pourrait imaginer que la musique classique serait la musique de l’esprit. Il est vrai que l’on s’imagine mal, battre la cadence du pied sur le tempo ou se trémousser de tout son être à l’écoute d’une œuvre de Jacques-André-François d'Agincourt.

 

Par contre la musique moderne, pas celle de Boulez ou de Messian, cette musique que l’on entend à la radio et la télévision, devient la musique du corps. D’ailleurs, comment ne pas résister à faire sautiller une partie de son corps ou même bouger au minimum le petit doigt au rythme soutenu d’un concert des Daft Punk.

 

La musique de l’âme et la musique du corps

 

Finalement, il est amusant de constater les tentatives de l’ensemble musical des Rondò Veneziano ou même celle d’André Rieu, qui a même réussi à introduire de l’accordéon, pour créer un passage, un pont entre la musique de l’âme et la musique du corps.

 

Revenons aux dessins et à la peinture.

 

Par la suite, les peintres modernes ont fini par gagner le débat avec notamment : « le clair-obscur » où la lumière provient de l’intérieur même du tableau. Le dessin ne peut rendre que difficilement cet effet.

 

Nous penserons à  Georges de la Tour et son  « Saint Joseph charpentier ». Cette œuvre est exemplaire pour évoquer le clair-obscur avec notamment une impression de transparence délicieuse perçue dans les doigts de l’enfant. Roger de Piles dira à propos du clair-obscur : « La science des lumières et des ombres qui conviennent à la Peinture est une des plus importantes parties et des plus essentielles de cet art. »

 

Mignard ajoutera, reprenant les propos d’Alberti, à son compte : « la peinture est de plaire aux savants et de charmer les ignorants ».

 

Vous pourrez noter la modernité de cette citation.

Toiles de Georges de La Tour

Conclusion

 

Nous avons essayé ici de résumer les pensées les plus profondes des personnes qui ont décidé d’étudier à l’École des Beaux-Arts pour tenter d’entrevoir un mode de pensée probablement un peu différent, comme pour tout un chacun dans sa matière. Il est facile de comprendre que, lorsqu’un l’infographiste s’empare de la création de l’image de marque de l’entreprise, son enseignement ressurgit pour vous proposer un résultat optimal.

Index

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Esquisse de quatre personnages évoluant dans deux bateaux sur la mer
Un citron
Carré noir
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Esquisse de quatre personnages évoluant dans deux bateaux sur la mer
Œuvre de Jean-Michel Basquiat
Un citron
Carré noir
Toiles de Georges de La Tour
Esquisse de quatre personnages évoluant dans deux bateaux sur la mer
Œuvre de Jean-Michel Basquiat
Un citron
Carré noir
Toiles de Georges de La Tour

Esquisse de quatre personnages évoluant dans deux bateaux sur la mer
Œuvre de Jean-Michel Basquiat
Un citron
Carré noir
Toiles de Georges de La Tour
Esquisse de quatre personnages évoluant dans deux bateaux sur la mer
Œuvre de Jean-Michel Basquiat
Un citron
Carré noir
Toiles de Georges de La Tour
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Œuvre de Jean-Michel Basquiat
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